État des lieux des TIC en Belgique en 2012

Le SPF Économie, P.M.E., Classes moyennes et Énergie publiait le 20 novembre dernier son baromètre annuelle de la société belge face aux Technologies de l’Information et de la Communication.

L’évaluation de la tendance en matière de TIC s’inscrit dans le cadre du projet Europe 2020. Ce dernier tente à promouvoir l’internet rapide et ultrarapide pour tous à moindre coût. La fracture numérique est une réalité. En 2010, l’accès des séniors et des demandeurs d’emploi a augmenté. À contrario, l’insertion numérique est restée nulle en termes d’augmentation pour les populations à faibles revenus. Les pays membres de l’Union Européenne s’étaient engagés entre 2005 et 2010 de réduire de moitié la fracture numérique. À ce stade, il est utile de savoir si les populations sont égales face aux nouvelles technologies. D’après Eurostat, l’Office de statistique de l’Union européenne a montré qu’entre 2005 et 2009, l’écart numérique s’est creusé en fonction du revenu, en affectant davantage les plus bas revenus. Moins soupçonné, l’âge est un facteur discriminant face aux nouvelles technologies. Plus de 50% des 65-74 ans ne se sont jamais connectés à internet contre 3% des 25-34 ans. Retenons qu’entre 2005 et 2011, la fracture numérique s’est réduite de 60% au sein de la population belge selon le Digital Agenda for Europe (DAE).

Une autre volonté de la Commission est d’accroître les revenus dans le domaine des TIC, en favorisant les investissements privés et en doublant les dépenses publiques en la matière. Dans le but de créer des emplois dans ce secteur, le Fond social européen ; soutient l’éducation et la formation en permanence des citoyens afin qu’ils trouvent un emploi et de meilleurs postes, va créer des outils de reconnaissance des compétences des techniciens et utilisateurs TIC. Sa philosophie est de favoriser la priorité aux compétences et à la culture numérique. Le développement des technologies dans des domaines très variés permet à l’Union européenne d’investir dans des pôles de Recherches et Développements, par exemple : mettre en place des partenariats avec des secteurs usant d’émissions et de pollution dans le but d’informer aux mieux les auditeurs de cette problématique, la gestion du vieillissement de la population grâce à la médecine en ligne ou la télémédecine, la numérisation de contenus ou encore les systèmes de transport intelligents, etc.

Voici les principaux enseignements de ce baromètre, pour les ménages, qui a été présenté le 30 novembre dernier au Cercle de Wallonie à Liège par Jean-Claude Marcourt, vice-président du gouvernement wallon et ministre de l’Économie et des Technologies nouvelles :

  • 79% des ménages belges disposent d’au moins un ordinateur à la maison. Dans un ménage avec enfants, ce chiffre grimpe jusqu’à 94%.
  • L’ordinateur portable arrive en tête des moyens utilisés pour se connecter à internet avec 72%. Les tablettes PC et Ipad sont à 4%. L’internet mobile se situe à la 4ème place.
  • 77% des ménages avaient un accès à internet en 2011.

Infographie: http://www.awt.be/
Baromètre TIC 2012: http://www.awt.be/
Baromètre ICT 2012 (SPF Économie): Baromètre ICT 2012

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Une vie de… stress !

Notion

Selon l’Université de Liège, le stress est « est une réponse normale de l’organisme pour l’aider à faire face à une situation problématique ou vécue comme telle. Il s’agit donc d’une réaction automatique dont le but premier est de permettre au sujet de survivre à un danger ou de surmonter une difficulté, soit en éliminant la menace, soit en s’adaptant aux circonstances, soit en fuyant ! »

Il peut être positif, négatif, mais contrôlable si l’individu s’en donne les moyens. Le « bon stress » permet de réagir positivement à une situation compliquée. Le « mauvais stress » se caractérise par sa récurrence, son intensité et sa propagation dans le temps. Cependant, chaque organisme adopte une posture différente face aux manifestations stressantes. De plus en plus en vogue dans le monde professionnel, l’avènement des nouvelles technologies comme une cause de souffrance au travail.

Récemment, la revue scientifique The Lancet, dans son étude « Job strain as a risk factor for coronary heart disease » fait état du lien qui existe entre un grand stress professionnel et le risque accru de développer un infarctus. Évidemment, cette souffrance affecte également le plan physique, émotionnel, relationnel, comportemental et intellectuel de l’existence.

Aujourd’hui, diverses techniques permettent de gérer au mieux l’angoisse de certaines situations. Le recours à la philosophie, à une thérapie cognitivo-comportementale et soin de soi qui modifie la façon de vivre au quotidien et au au travail, le développement du vivre en pleine conscience ou « Mindfulness » qui redore la perception de l’instant présent au travers des sensations que peuvent dégager notre corps, la sophrologie qui canalise nos émotions afin que le corps puisse les exprimées, la musicothérapie, ou encore des séances d’expression plastique, en guise d’exemples à la gestion du stress.

Une infirmière de l’UAB School of Nursing d’Alabama nous propose cinq conseils afin de réduire cet état de choc de l’organisme. Ceux-ci s’adressent aux femmes, mais peuvent également s’appliquer sans soucis aux hommes. Elle préconise une activité sportive régulière de trente minutes par jour, en évitant la demi-heure avant le coucher. Une alimentation faisant la moue aux sucres lents et rapides. Selon l’adage connu, « le travail c’est la santé », mais il est important de ne pas s’activer professionnellement deux heures avant de dormir. Pour certains ou certaines, une façon de se déstresser est de recourir à la consommation d’alcool, c’est à éviter. Enfin, chaque individu doit s’accompagner, dans la vie, des « bonnes personnes ».

Call centers: Allô le stress?

Le Service Public Fédéral Emploi, Travail et Concertation Sociale, a rendu un rapport ayant pour titre « Recherche sur le bien-être au travail dans les centres d’appels (call centers) » commandé par la Direction de la Recherche sur l’Amélioration des Conditions de Travail entre 2010 et 2012. Ce rapport pointe un manque de main-d’œuvre dû aux salaires peu élevés, au stress lié à la fonction et à la flexibilité des horaires. Est présent également le peu de présence syndicale alors que la législation du travail y est peu respectée, une grande mobilité des travailleurs ainsi qu’un renouvellement récurrent des effectifs.

Plus techniquement, le rapport souligne l’appartenance différenciée des employés de centres de contacts aux commissions paritaires. Elles dépendraient de la maison mère de chaque entreprise. En réponse à ce projet de recherche, une semaine de sensibilisation a été menée du 22 au 26 octobre 2012 au sein de différents call centers.

Conseils pour gérer le stress

Une gestion du stress maîtrisée est une santé du corps et de l’esprit, aussi bien dans une sphère personnelle que professionnelle. Afin que chaque personne puisse s’approprier son stress, voici une liste de 20 recommandations coédité par Philippe Corten, Professeur à l’École de Santé Publique et à l’Institut du Travail de L’Université Libre de Bruxelles, et par Patrick Mesters, psychiatre à la Clinique Saint-Pierre à Ottignies.

  1. Arrêtez le cinéma catastrophe.
  2. N’ayez pas d’états d’âme au travail.
  3. Prenez du recul et mettez-vous à l’abri!
  4. Apprenez à dire « non »!
  5. Fixez vos limites!
  6. Apprenez à négocier!
  7. Apprenez à gérer votre temps!
  8. Apprenez à communiquer vos émotions!
  9. Hiérarchisez vos priorités!
  10. Fragmentez les tâches en sous-objectifs « clôturables »!
  11. Pratiquez la respiration abdominale!
  12. Pratiquez une activité physique une à deux fois par semaine
  13. Couchez-vous le plus souvent à la même heure!
  14. Changez vos habitudes alimentaires. Un bon déjeuné accompagné d’eau à préférer à l’éternel « sandwich ». Le soir, favorisé le light!
  15. Ayez la main légère avec les excitants.
  16. Accordez-vous un break une fois par semaine pour vous recentrer sur vous-même.
  17. Entretenez votre réseau social.
  18. Accordez-vous chaque jour un petit plaisir: ce moment ne peut être associé à une quelconque performance. Un quart d’heure par jour. Évitez le après 23h et aux toilettes!
  19. Si vous êtes tendu(e) et/ou contrarié(e), dites-le!
  20. Dans la journée, ménagez-vous des pauses de quelques minutes, un semblant de « micro-siestes ».

Mes Sources

BELGA. Semaine d’actions anti-stress dans les call centers de Belgique. http://www.levif.be/

CANOE.CA. Sourire : un allié puissant dans la guerre au stress. http://fr.canoe.ca/

CAUSSIEU, Carine. Rodez. Souffrance au travail : invisible mais réelle. http://www.ladepeche.fr/

DEVILLARD, Arnaud. Travail : les ravages du… présentéisme ! http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/

DE LA BROSSE, Sabine. Stress au travail et maladies cardiaques. Un lien confirmé. http://www.parismatch.com/

LE MONDE.FR. Le stress au travail augmente le risque d’infarctus. http://www.lemonde.fr/

LES AFFAIRES.COM. L’instabilité économique stresse les jeunes. http://www.lesaffaires.com/

LES INROCKS. La souffrance au travail, un mal oublié par les politiques. http://www.lesinrocks.com/

NEUILLY JOURNAL. Santé et travail : attention aux abus. http://www.neuillyjournal.com/

RTBF.BE. Le stress des centres d’appels. http://www.rtbf.be/

RTL.BE. Cinq conseils d’une infirmière pour réduire le stress des femmes. http://www.rtl.be/

RTL.BE. La morosité touche un Belge sur dix. http://www.rtl.be/

SERVICE PUBLIC EMPLOI, TRAVAIL ET CONCERTATION SOCIALE. 2012 – Call centers: recherche sur les conditions de travail. http://www.emploi.belgique.be/

THE LANCET. Job strain as a risk factor for coronary heart disease: a collaborative meta-analysis of individual participant data. http://www.thelancet.com/

UNIVERSITÉ DE LIÈGE. T’as tout en mains pour que ça se passe bien. http://www.tastout.ulg.ac.be/

L’enjeu de tous les temps…

Ce billet est dédié à un article paru dans les colonnes du Monde Diplomatique au mois d’octobre 2012. Sa rédaction est assurée par Serge Halimi directeur du Monde Diplomatique,  un mensuel d’information et d’opinion dont son orientation politique est étiqueté « de gauche », depuis 2008.

L’instantanéité du flux d’information est en hausse ces dernières années, c’est un fait. Nombres de réseaux sociaux rendent compte de l’actualité avec plus ou moins de sûreté quant à la qualité rédactionnelle des propos tenus. L’incessante production de nouvelles engendre une perte de qualité. Le métier de journaliste a changé. Pourquoi ? Tentative de réponse avec ce qui suit…

« On n’a plus le temps »

CEUX qui se désolent du manque d’attention à leur cause, à leur activité, se voient souvent opposer la même explication : « On n’a plus le temps. » On n’a plus le temps de se plonger dans un livre « trop long », de flâner dans une rue ou dans un musée, de regarder un film de plus de quatre-vingt-dix minutes. Ni celui de lire un article abordant autre chose qu’un sujet familier. Ni de militer ni de faire quoi que ce soit sans être aussitôt interrompu, partout, par un appel qui requiert d’urgence son attention ailleurs.

 Pour sortir d’une crise déclenchée par la finance, les pistes étaient multiples : brider la spéculation, réglementer les marchés, sanctionner les banquiers… Avec le soutien d’un nombre croissant d’industriels, l’Union européenne a formulé une autre priorité, qu’elle impose déjà aux pays en difficulté : accroître la « compétitivité » du marché du travail. Mais que désigne ce terme, que dirigeants de gauche comme de droite semblent avoir érigé en nouveau Graal ?

 Pour une part, ce manque de temps découle de l’apparition de technologies qui ont permis de gagner du temps : la vitesse des déplacements s’est accrue, celle des recherches, des transmissions d’informations ou de correspondances aussi, souvent à un coût modeste ou dérisoire. Mais, simultanément, l’exigence de vitesse n’a cessé d’obérer l’emploi du temps de chacun, et le nombre de tâches à réaliser a explosé. Toujours connecté. Interdit de musarder. On n’a plus le temps.

 Parfois, c’est aussi l’argent qui fait défaut : on n’a plus les moyens. S’il coûte toujours moins cher qu’un paquet de cigarettes, un journal comme Le Monde diplomatique implique une dépense que bien des salariés, chômeurs, étudiants, précaires ou retraités ne jugent pas anodine.

Parmi d’autres, ces raisons expliquent la désaffection de la presse payante. Une fraction de ses anciens lecteurs l’abandonne à mesure que la fenêtre de papier ouverte sur le monde, l’attente du postier ou du kiosquier se métamorphosent en une contrainte de lecture supplémentaire dans un calendrier surchargé – et surtout s’il faut payer. Un des propriétaires de Free et du Monde, M. Xavier Niel, anticipe que les journaux auront disparu d’ici une génération.

 Si leur financement se faisait sur des écrans, des tablettes, il n’y aurait peut être guère motif à s’alarmer : ceci remplacerait cela. Mieux encore, la science, la culture, les loisirs, l’information se diffuseraient plus vite, y compris dans les lieux les plus reculés. Au reste, nombre de périodiques conçus sans autre projet rédactionnel que d’arrondir les profits (ou l’influence) de leurs propriétaires peuvent bien succomber sans que la démocratie y perde. Seulement, les nouvelles technologies de l’information n’assurent au journalisme ni les emplois ni les ressources des anciennes. A moins de travailler à titre bénévole, c’est-à-dire en tirant ses revenus d’ailleurs, comme la plupart des blogueurs, la profession se trouve menacée du pire : elle ignore si elle dispose d’un avenir.

 Un train, un métro, un café, un congrès politique : autrefois, dans ces endroits, la presse régnait ; dorénavant, combien de gens y déploient encore un journal autre que « gratuit » ? Ne s’agit-il que d’une impression ? Les chiffres s’entêtent et confirment la réalité d’un décrochage. En Europe de l’Ouest et aux États-Unis, la diffusion des journaux a décliné de 17 % au cours des cinq dernières années. Et le recul se poursuit. En France, une période de fièvre électorale ne provoque plus aucun retour vers les kiosques ; de janvier à août 2012, les quotidiens généralistes ont ainsi accusé un reflux moyen de leurs ventes de 7,6 % par rapport à l’an précédent. Même lors des Jeux olympiques de l’été dernier, les ventes de L’Équipe, un titre sportif en situation de monopole, ont continué à baisser.

 Dans l’espoir de freiner une telle glissade, un journalisme sonnant et trébuchant multiplie les « unes » qui racolent en violant l’intimité des personnes, ou les articles qui affolent en assimilant n’importe quoi – y compris des provocations isolées de caricaturistes ou des rassemblements groupusculaires d’intégristes – aux «heures les plus sombres de notre histoire».Les chaînes d’information en continu amplifient le tintamarre. Deviner quelle outrance va mobiliser l’attention des médias, occulter une nouvelle qui réclamerait du lecteur davantage qu’un « J’aime ça » au bas d’un blog rageur, est devenu un jeu d’enfant. Ainsi continûment s’accroît la part de vulgarité et de catastrophisme dont la plupart des propriétaires de presse s’imaginent qu’elle provoquera du buzz pendant quelques heures. Mais, sur ce terrain, comment escompter faire payer au lecteur ce qu’il peut trouver – gratuitement et à profusion – ailleurs ?

EN PARTICULIER sur la Toile. Aujourd’hui, aux 35 millions de Français qui lisent un périodique s’ajoutent ou se superposent 25 millions d’internautes qui, chaque mois, consultent au moins un site de presse. Mais ces derniers ont été habitués à croire que le règne de la société sans argent était advenu – sauf lorsqu’ils se précipitent pour acheter, cette fois au prix fort, leur ordinateur, leur Smartphone ou leur tablette, souvent pour pouvoir consulter une presse qui leur est offerte… L’audience en ligne ne rapporte donc pas grand-chose à ceux qui recherchent, éditent, corrigent, vérifient l’information. Ainsi une structure économique parasitaire s’édifie peu à peu qui concède aux uns tous les profits du commerce. Et qui facture aux autres tous les coûts de la « gratuité ».

 Un quotidien comme The Guardian, par exemple, est devenu grâce à son site Internet numéro un de l’audience au Royaume-Uni et troisième dans le monde, sans que cela l’empêche – et, devrait-on dire, au contraire – de perdre l’année dernière 57 millions d’euros et de licencier plus de soixante-dix journalistes. Car bien qu’elle requière toujours davantage d’investissements, la croissance du trafic numérique des journaux coïncide en général avec la réduction de leurs ventes en kiosques. Assurément, près de 6 millions de Britanniques lisent au moins un article du Guardian par semaine, mais seuls 211 000 l’achètent quotidiennement. C’est cette petite population, déclinante, qui finance la lecture gratuite de la plupart des internautes. Un jour, forcément, ce voyage s’arrêtera pour tous faute de carburant.

 Le pari perdu des éditeurs concerne aussi la publicité. Au départ, le modèle de la « gratuité » en ligne imitait la logique économique de la radio commerciale, puis celle de ces quotidiens que des travailleurs précaires distribuent à l’aube à l’entrée des stations de métro. A ceci près que, dans un cas, on sait depuis longtemps de quoi il retourne – de radios privées (RTL, Europe 1, NRJ, etc.) dont les programmes se faufilent entre des spots qui martyrisent les tympans. Et que, dans le second, si DirectMatin ou Métro, l’un propriété de M. Vincent Bolloré, l’autre de TF1, ont pour projet une société de la gratuité, c’est à condition que celle-ci leur rapporte encore davantage. Il leur suffit pour cela de facturer directement l’annonceur en lui livrant en échange des fagots de lecteurs ou d’auditeurs.

 Avec l’information en ligne, le fiasco du même calcul est devenu patent. Les sites de presse ont beau aligner les succès d’audience, la ressource publicitaire ne leur parvient qu’au compte-gouttes. Car son produit profite avant tout aux moteurs de recherche, devenus selon M. Marc Feuillée, président du Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN), « des méga régies publicitaires, absorbant comme des Moloch la quasi-totalité des revenus de nos annonceurs ». M. Feuillée précise : « Entre 2000 et 2010, le chiffre d’affaires publicitaire des moteurs est passé de 0 à 1,4 milliard d’euros, celui de la presse [en ligne] de 0 à 250 millions d’euros (Presse, 2012). » Informé en détail des goûts et des lectures de chacun d’entre nous, capable (comme Facebook) de vendre aussitôt cette avalanche de données personnelles aux publicitaires, qui s’en serviront pour mieux « cibler » leur gibier, Google est également passé maître dans l’art de faire de l’« optimisation fiscale » en Irlande et aux Bermudes. Très opulente, cette multinationale ne paie donc presque pas d’impôts.

 Si la presse va mal, la plupart des titres le dissimulent en recourant à des indicateurs frelatés. Ainsi, une partie de la diffusion proclamée payante – plus de 20 % dans le cas des Échos, de Libération ou du Figaro – est en réalité offerte à des gares, épiceries de luxe, hôtels, écoles de commerce, parkings… Quant au nombre revendiqué d’abonnés, il s’écroulerait sans les techniques dignes du hard discount que colporte par exemple le jovial directeur du Nouvel Observateur chaque fois qu’il propose 13 numéros de son magazine pour 15 euros, avec en prime une «montre de collection Lip Classic». Mais le patron de L’Express aux écharpes colorées surenchérit aussitôt : avec lui, c’est 45 numéros pour 45 euros, et en bonus un  « réveil à ambiance lumineuse et sonore ».

 D’autres astuces permettent de doper l’audience des sites. Ainsi, quand un titre de presse appartenant à M. Serge Dassault acquiert un site spécialisé de spectacle ou de météo, c’est pour pouvoir aussitôt prétendre que chaque internaute achetant en ligne sa place de cirque, ou s’inquiétant de l’ensoleillement de ses vacances, est devenu ipso facto un lecteur de la « marque » Le Figaro…

 Soyons donc singuliers également dans notre franchise : depuis janvier de cette année, la diffusion du Monde diplomatique a baissé de 7,2 %. Le temps qui fait défaut, l’argent aussi, un certain découragement face à une crise qui se déploie ainsi que nous l’avons anticipé, bien avant les autres, mais à laquelle nous ne pouvons pas seuls apporter remède, une contestation de l’ordre économique et social qui peine à trouver des débouchés politiques : tout cela a contribué à notre recul.

 A la dégradation de notre situation financière qui en découle s’ajoute une nouvelle baisse de nos recettes publicitaires. Nous avons promis à ceux de nos lecteurs, nombreux, que ce type de revenu hérisse qu’il n’excéderait jamais 5 % de notre chiffre d’affaires. En 2012, il n’atteindra même pas 2 %… Grâce à une politique intransigeante sur le tarif de nos abonnements – nous ne bradons pas nos publications et nous n’offrons plus rien d’autre à nos abonnés que les journaux qu’ils commandent –, grâce aussi à la campagne de dons que nous relançons chaque année à cette même époque et qui aide à financer nos projets de développement (voir le bulletin ci-contre), nos pertes resteront modestes en 2012. Mais rien ne garantit que nous revenions à l’équilibre l’année prochaine.

 QUELQUES rayons de lumière éclairent néanmoins notre paysage. Une nouvelle édition électronique sera lancée dans les mois qui viennent. Elle permettra au lecteur de passer instantanément d’un format qui reflète le journal papier, son déroulé, sa mise en page, à un autre plus adapté à tous les écrans. Une édition spécifique destinée aux tablettes et autres liseuses est également en préparation. Par ailleurs, nous avons observé que nos archives avaient suscité un vif intérêt – les ventes de notre dernier DVD-ROM ont largement excédé nos attentes. Aussi allons-nous prochainement proposer à tous nos abonnés, pour une somme modique, l’accès instantané à n’importe lequel de nos articles publié entre la naissance du Monde diplomatique en mai 1954 et le numéro en cours.

Enfin, chacun, abonné ou non, pourra bientôt disposer, grâce à un forfait, de tout notre fonds documentaire pendant quelques jours. Ces nouvelles fonctionnalités du site Internet, que nous espérons déployer dès le début de l’année prochaine, ont requis un très long et très lourd investissement de notre part. Nous en attendons enfin des revenus réguliers. Ils contribueront à la défense de notre indépendance.

Mais il nous faut aussi soutenir les ventes du journal. Cela implique d’abord que chacun connaisse son existence. Or la visibilité du Monde diplomatique décroît dans les kiosques et maisons de la presse à mesure que s’effiloche le réseau de distribution. Forçats de la profession situés en bout de chaîne, soumis à des horaires et à des conditions de travail éprouvants, concurrencés par la presse dite « gratuite », des centaines de kiosquiers et de marchands de journaux ont fermé boutique au cours des dernières années (918 rien qu’en 2011). C’est pourtant grâce à eux que s’établit le premier contact avec nos lecteurs. Comment faire savoir autrement à ceux qui ne sont pas encore abonnés à nos publications que nous avons publié telle enquête, telle analyse, tel reportage ?

Car, quand il s’agit du Monde diplomatique, la promotion confraternelle, d’ordinaire si bavarde, fait soudain silence. Ainsi, entre le 19 mars et le 20 avril 2012, une période choisie au hasard de l’emploi du temps d’un de nos stagiaires, les revues de presse d’Europe 1, de RTL et de France Inter ont cité 133 titres, dont Le Figaro (124 fois), Libération (121 fois), sans oublier France Football et Picsou Magazine. Le Monde diplomatique ne fut jamais mentionné. Difficile de faire moins pour le principal journal français publié dans le monde (51 éditions en 30 langues)… Au fond, peu importe : notre réseau social, c’est vous. C’est donc à vous qu’il revient d’abord de faire connaître ce mensuel, ses valeurs, d’encourager son aventure intellectuelle, ses engagements. De convaincre autour de vous qu’il n’est ni urgent ni nécessaire de réagir à toutes les « polémiques », de tout embrasser pour ne rien étreindre, de tout parcourir pour ne rien retenir. Et qu’il est bon – par exemple une fois par mois ? – de quitter la pièce où les gens vocifèrent, de décider qu’on s’arrête et qu’on réfléchit.

 A QUOI peut servir un journal ? A apprendre et à comprendre. A donner un peu de cohérence au fracas du monde là où d’autres empilent des informations. A penser posément ses combats, à identifier et faire connaître ceux qui les portent. A ne jamais rester solidaire d’un pouvoir au nom des références qu’il affiche sitôt que ses actions les démentent. A refuser le verrouillage identitaire d’un « choc des civilisations » oubliant que l’héritage de l’« Occident », c’est le sac du Palais d’été, la destruction de l’environnement, mais aussi le syndicalisme, l’écologie, le féminisme – la guerre d’Algérie et les « porteurs de valises ». Et que le « Sud », les pays émergents qui défont l’ordre colonial, englobe des forces religieuses moyenâgeuses, des oligarchies prédatrices, et des mouvements qui les combattent – le géant taïwanais Foxconn etles ouvriers de Shenzhen.

A quoi peut servir un journal ? En des temps de reculs et de résignations, à défricher les sentiers de nouveaux rapports sociaux, économiques, écologiques (3). A combattre les politiques austéritaires, à aiguillonner ou à tancer des social-démocraties sans souffle et sans sève. C’est, par exemple, dans ces colonnes que fut popularisée l’idée d’une taxe sur les transactions financières (4), puis celle d’un plafonnement des revenus (5). Parfois, un journal peut donc aussi rappeler que la presse n’a pas toujours partie liée avec les industriels et les marchands contre ceux qui entendent sauver la planète et changer le monde.

 A l’évidence, l’existence d’un tel journal ne peut pas uniquement dépendre du travail de la petite équipe qui le produit, aussi enthousiaste soit-elle. Mais nous savons que nous pouvons compter sur vous. Ensemble, nous prendrons le temps qu’il faut.

Ses sources

(1) Cf. Déborah Corrèges, « La tyrannie de la vitesse », Sciences humaines, no 239, Auxerre, juillet 2012.

(2) Correspondance de la presse, Paris, 17 septembre 2012.

(3) Lire par exemple Bernard Friot, « La cotisation, levier d’émancipation », Le Monde diplomatique, février 2012 ; Manière de voir, n° 112, « Le temps des utopies », août-septembre 2010.

(4) Ibrahim Warde, « Le projet de taxe Tobin, bête noire des spéculateurs, cible des censeurs », et Ignacio Ramonet, « Désarmer les marchés », Le Monde diplomatique, respectivement février et décembre 1997.

(5) Lire Sam Pizzigati, « Plafonner les revenus, une idée américaine », Le Monde diplomatique, février 2012. Selon plusieurs témoignages publics, cet article aurait directement inspiré à M. François Hollande son projet d’un impôt de 75 % pour les revenus supérieurs à 1 million d’euros.

Debout l’Europe !

L’Union Européenne vit une crise sociale, économique, démographique, écologique, politique et institutionnelle sans précédent. La confiance n’y est plus. À contre-courant, Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit revendiquent une Europe qui est plus que la somme des intérêts nationaux. La solution, in fine, doit être celle d’une fédération d’États membres ayant une vision commune des politiques à mener. C’est la seule façon qu’aura l’Europe de s’en sortir.

Une Europe vieillissante et en crise

L’écart des richesses sur l’axe nord-sud de l’Europe ne cesse de s’accroître depuis l’introduction de la monnaie unique. Ainsi, depuis 2008, ce « sont pas moins de 4600 milliards d’euros qui ont été injectés par les États au sein des institutions financières. » Plus, les technocrates européens ont failli quant à leurs « visions politiques, budgétaires et économiques ». Or, l’utilisation de l’euro présente comme avantages, qu’il n’y a qu’une seule et même monnaie pour l’agrégat de pays ayant ratifié le Traité de Maastricht en 1992 ; la suppression des taux de change ; la baisse du taux d’emprunts et le recul de l’inflation.

Le Conseil Européen est l’organe fixateur des politiques généralistes à mener au sein de l’Union européenne.  Malheureusement, il « n’est que le syndicat des intérêts égoïstes nationalistes contre l’intérêt européen, celui des citoyens et des peuples européens ». Pourtant, ses prérogatives ont été étendues grâce au Traité de Lisbonne entré en vigueur le premier décembre 2009.

C’est un fait, la population européenne vieillit grandement. Les personnes de plus de soixante ans sont en augmentation annuelle de deux millions. Au contraire, la part occupée par les travailleurs est en recul d’un million par an. Mais, d’ici à une décennie, le monde arabe comptera que soixante pour cent de sa population sera sous le seuil des vingt-cinq ans.

À ce stade, il est légitime de savoir ce qu’est l’Europe. Les auteurs proposent en guise de réponse, « un état prospère où la diversité culturelle et les acquis sociaux sont importants. Elle lutte contre le dumping social, la pauvreté et assure le respect des normes sociales et environnementales essentielles au développement humain et à la survie planétaire aux pays émergents ».

Plus d’Europe et moins de nationalismes, le message est on ne peut plus clair. Le « strabisme nationaliste » culpabilise l’Union Européenne pour la crise de la zone euro ; pour une récession économique permettant le culte de l’austérité aveugle ; pour un excès de mondialisation et d’absence de toute action politique. « Ne nous trompons pas, l’incompétence a provoqué la crise de l’euro et l’incohérence celle de la récession. » Pour rappel, la récession est la baisse de l’activité économique, à l’échelle nationale, sur deux trimestres consécutifs. Le rôle qu’occupe l’Union est « réduit à néant du fait des instincts possessifs et d’une conception bornée de la souveraineté ». Le ralentissement économique est palpable en France, en Allemagne et en Espagne. La Belgique fait mieux en stabilisant ses finances à zéro point de croissance et de recul ; le bon élève européen.

Une Union Fédérale  et un « Green Deal » à financer

Les différentes crises que connaît le territoire européen doit cesser. Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit appellent de leurs vœux une « Union fédérale où la Commission Européenne doit devenir le gouvernement européen. Le parlement européen sera composé de ministres européens et non plus de commissaires européens ».

La proposition suivante, un tantinet technique, est celle de la transformation du Fonds d’Urgence ; qui est la fusion entre le Fonds Européen de Stabilité Financière avec le Mécanisme Européen de Stabilité Financière, en Fonds Monétaire International Européen. Le FESF vise à stabiliser la situation financière des pays membres de la zone euro. La gestion administrative et de trésorerie de ce fonds est garantie par la Banque Européenne d’Investissement qui emprunte sur les marchés financiers les fonds nécessaires pour financer les projets de l’Union Européenne. Dernière précision, le MESF assure le bien-être économique des pays de la zone monétaire commune. Sa solvabilité est garante des fonds levés sur les marchés financiers et du budget que lui accorde l’Union.

Une autre mesure est la création d’un trésor européen émettant des euro-obligations, en d’autres termes, une mutualisation européenne des dettes publiques des membres de l’euro-zone. Jean-Claude Junker, Président de l’Eurogroupe regroupant les Ministres des Finances de chaque état, suggère une émission de 40% de la richesse nationale de chaque pays à transférer vers l’Europe pour réduire la dette souveraine.

Il faut investir dans la croissance, car « jamais une austérité seule ne nous sortira de la crise ». Pour cela, un budget européen fiable est plus que nécessaire. En accompagnement, la confiance des épargnants doit être recouvrée. L’épargne, à elle seule, dépasse le Produit Intérieur Brut de chaque pays.

Tout ce qui précède ne peut se réaliser sans un « Green Deal ». Nos modes de production sont totalement dépendants des énergies fossiles. Le but de ce projet européen est la modernisation de nos économies par la transition écologique.

Mes sources

CHEYVIALLE, Anne. Risque de récession en France et en Allemagne. http://www.lefigaro.fr/

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